Le 15 mai dernier à Rennes, EBLUL-France (Comité Français du Bureau des langues moins répandues) présentait à la presse le recours qu’il engage auprès du Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies. A cette occasion, le rapport présenté révèle une nouvelle fois les carences importantes de la France dans la reconnaissance du droit à l’expression des langues et cultures régionales ou minoritaires et des groupes minoritaires.
[Mai 2007] La Felco demande audience à Xavier Darcos
[Mai 2007] L’exemple de Biarritz Autrement
[Mai 2007] Résolution de l’UFCE concernant la Bretagne
[Mai 2007] Calandreta : la langue à l’honneur
Le rapport présente notamment en apprendice des extraits d’un livre de géographie à destination des élèves de Première L, publié par les éditions Nathan en 2003 et toujours utilisé dans nos lycées.
Page 287, on peut lire
Image de gauche : en marron, les régions où existent un risque de repli identitaire.
Image de droite : Les hyperrégions des Missions interministérielles d’aménagement du territoire. Quelle est cette région Grand Ouest ? Que devient la Bretagne ?
Page 34, on peut lire :
"Au Royaume Uni, en Belgique, en France, en Espagne, en Italie, certaines régions revendiquent une autonomie politique poussée et l’ont souvent obtenue, quelques-unes cherchant même à se séparer de l’ETat dans lequel elles se trouvent. Les expressions "nationalismes régionaux" ou "ethno-nationalismes" désignent ces mouvements, souvent conduits par une petite fraction active de la population, qui affirme représenter un peuple "à part", différent du reste des habitants du pays." Sic.
Suivent deux questions dont la dernière est redoutable : "Quels sont les mouvements régionalistes ? Constituent-ils une menace pour la stabilité politique de l’Europe ?"
Ce que ne dit malheureusement pas le livre, c’est qu’au Royaume-Uni, en Belgique, en Espagne et en Italie, la plupart des régions ont obtenu leur autonomie et que la France reste le seul pays d’Europe à refuser de reconnaître ses minorités, au nom du principe de l’unicité de la République. Quand à la stabilité de l’Europe, en quoi les choix démocratiques faits par les catalans et les basques en Espagne, ou plus récemment par les écossais ou les gallois au Royaume-Uni, menceraient-ils la stabilité de l’Europe ?
Comment sera noté un élève qui ne répondra pas dans le sens proposé par le livre ?
La Bretagne serait ainsi une zone de "mouvements régionalistes à audience limitée", comme plusieurs autres régions d’Europe.
Page 35, une photo présentant un élève en classe est légendée de la facon suivante :
"Ecole basque à Bayonne. Le nationalisme régional se traduit par une revaloriasation de la langue locale souvent au détriment de la la langue de l’Etat dominant.
Quel est ce fantasme ? Nos enfants bilingues refuseraient d’apprendre le français ou le parleraient mal ?.. Ce n’est pas ce que prouvent toutes les études sur les enfants bilingues qui, justement, mettent généralement en avant leurs meilleurs résultats en français. Que devient le droit, reconnu par les textes, à un enseignement bilingue à l’école ? Pourquoi ainsi stigmatiser l’apprentissage d’une langue régionale alors qu’il faudrait l’encourager ?
Que penser, dès lors, de la campagne nationale "Tous différents, tous égaux" qui affiche un généreux programme uniquement en français ?
Etre différents, être tous égaux, cela ne passe-t-il pas aussi par l’égalité dans l’accès à nos langues, toutes nos langues ?
On lira avec intérêt l’intégralité du rapport d’Eblul-France téléchargeable en cliquant ici
Aller sur le site internet d’EBlul-France
Sur le même sujet, lire également
Un rapport accablant sur la politique linguistique en France remis à l’ONU, piublié le 16 mai dans le Journal Euskalherria
Les Bretons déposent deux rapports auprès du Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies, publié le 16 mai sur l’Agence Bretagne Presse