Signée par Joseph Pascal, cette chronique a été publiée dans le Journal de Montréal le 16 janvier dernier. Elle s’adresse aux francophones du Canada. Remplacez le français par le breton, et vous la lirez avec un autre regard... qui pourrait bien valoir pour les bretons et la langue bretonne !
Vous êtes choqué ? Réagissez...
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"Vous êtes dans le coma depuis longtemps si vous avez été surpris par notre enquête sur le recul du français dans les commerces de Montréal. Toutes les sociétés se construisent des mythes pour se justifier et se donner bonne conscience. Dans ces mythes collectifs, il y a du vrai, du faux et de l’exagéré.
L’un de nos mythes les plus tenaces est notre amour profond pour la langue française.
Je le dis comme je le pense : la grande majorité de nos concitoyens s’en fout royalement, même si elle prétendra toujours le contraire.
Mettons que vous aimez votre femme, vos enfants ou votre chien. Logiquement, vous en prendrez soin et vous vous choquerez si on leur fait du mal, non ?
Si nous aimions vraiment notre langue, on en prendrait soin tous les jours plutôt que de se réveiller collectivement une ou deux fois par demi-siècle.
Si nous aimions notre langue, nous ne laisserions pas notre gouvernement en faire sa trente et unième priorité et nous dire qu’elle avance quand elle recule.
Si nous aimions notre langue, nous n’aurions jamais permis à quelqu’un qui la massacrait comme Jean Chrétien de nous représenter dans le monde entier pendant tant d’années.
Si nous aimions notre langue, nous n’accepterions pas que l’on fasse passer pour des dinosaures ou des ceintures fléchées ceux qui se battent pour elle avec des moyens de fortune.
Si nous aimions notre langue, nous ne trouverions pas des allures de prétentieux à ceux qui s’efforcent de bien la parler.
Si nous aimions notre langue, vos enfants ne me regarderaient pas comme un martien quand je déplore leurs lacunes en français.
Si nous aimions notre langue, on ne laisserait pas Air Canada nous rire au nez depuis des décennies.
Et de grâce, ne venez pas blâmer les immigrants.
Si vous dites au Pakistanais qui loue des vidéos au coin de la rue que la majorité au Québec parle français, il vous répondra que c’est vous qui êtes une minorité dans un Canada multilingue. Et il aura raison.
Si vous émigrez en Espagne, vous apprendrez d’abord l’espagnol ou le catalan ?
De toute façon, si vous haussez le ton, il vous traitera de chialeux ou de raciste, et ilyaneuf chancessurdixquevousprendrez votre trou.
Mon garçon joue au soccer. Tous les parents de l’équipe sont francophones sauf une dame anglophone, qui est charmante et parle un français très correct.
Systématiquement, les francophones s’adressent à elle en anglais. Elle ne le demande même pas. Voulant être gentils, ils ne voient pas l’immense signification collective de leur petit renoncement individuel.
Non, je ne blâme pas le peuple.
Depuis des générations, une partie de son élite lui prêche qu’il y a toujours moyen de moyenner, qu’il ne faut surtout pas se « chicaner », qu’il faut être « ouvert », « moderne », « tolérant », que toute posture un peu verticale équivaut à vouloir rejouer la bataille des plaines d’Abraham.
Cela laisse des traces. Comme disait Jean Chrétien, « que voulez-vous... »."
Voir en ligne : Lire la chronique originale sur Canoe
Né le 12 mars 1961 à Montevideo, Joseph Facal est un politologue, un sociologue, un chroniqueur et un ex-homme politique québécois. Lire sa biographie sur Wikipedia
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